En face, le modèle français n'en est plus un. Depuis le début des années 80, et toutes couleurs politiques confondues, à l'époque où les réflexions sur la globalisation à venir fusaient outre-Atlantique et où des Etats émergents comme le Brésil mettaient en place leurs vingt priorités à vingt ans, les élites françaises, emmurées dans une vision du monde datant des années 70, n'ont rien anticipé, n'ont pas pensé le futur. Elles ont laissé péricliter une organisation équilibrée des rapports sociaux, par manque de courage, goût des petits jeux et grands combats patronat/syndicats/gouvernements et sans doute tout simplement par désintérêt du futur et obsession du court terme (électoral?). Ces élites publiques et privées portent une terrible responsabilité sur la gestion des trente dernières années, et cela ne concerne pas que l'économie. Les problèmes majeurs posés par "l'intégration" qui là encore aurait pu être un modèle de réussite, en sont un autre exemple.
Aujourd'hui, devant une situation en effet plus que préoccupante, elles prétendent soigner le pays par des recettes quantitatives inspirées de modèles de management. Devant le désastre, il n'y a peut-être effectivement plus grand-chose à faire sur le court terme que cela. Mais pourquoi ne pas imaginer un grand sursaut conceptuel et une mise en application sur le long terme, avec explication aux Français...

Autre aspect : nos "modèles" s'écroulent à la face du monde (ou du moins semblent s'écrouler car je reste foncièrement optimiste sur leur qualité intrinsèque), entrainant par là même une grave altération de l'image de la France, évidemment utilisée par nos partenaires/concurrents. C'est le jeu, et c'est bien d'abord notre faute. Pourtant nos modèles continuent d'inspirer à l'étranger, à une heure où les concepts modernes de gouvernance se cherchent et où les élites du monde réfléchissent à une tempérance des marchés (cf. Stiglitz, Amartya Sen..). Une fois de plus, comme dans des domaines plus techniques comme le partenariat public-privé, nous laissons nos amis étrangers redécouvrir des solutions que nous aurions dû être les premiers à promouvoir, si nous avions su les gérer correctement, en utilisant les outils d'anticipation que nous avons déjà en grand nombre, et dans une perspective internationale.